Moi qui pensais que les pointeuses avaient été recyclées en boites de conserve depuis plusieurs dizaines d’années, j’ai découvert avec stupéfaction qu’il n’en était rien !

Lors d’un dîner entre amis, Valérie, l’une des convives, Directrice d’un établissement public dans le secteur de la santé, avec qui je discutais des bienfaits du bien-être au travail pour les entreprises, m’a sidérée : « La bienveillance et la confiance que je mets tous les jours en pratique avec mon équipe, n’est pas aidée par mon employeur. Hormis moi, tous mes collaborateurs doivent « badger ». Leurs horaires de travail sont contrôlés. »

Pardon ? « Badger » ? Je pensais que « badger » était uniquement nécessaire pour passer une porte sécurisée, et non pour un contrôle des horaires de travail !

Bonjour la performance et la confiance !

Et Valérie de m’expliquer toutes les contraintes du système : badge en entrant le matin, en sortant le soir, le midi pour la pause déjeuner… Ne parlons pas des éventuels absences du salarié pour un RdV chez le médecin, pour aller chercher un enfant malade à l’école… Car dans ce cas vous rentrez dans le sombre calcul des récupérations d’heures. Un casse tête quand on se penche un peu sur le sujet, car ce qui vient en surplus d’heures doit être récupéré en temps de repos, et vice versa. Avoir tout le monde au bon moment et en même temps n’est donc pas gagné ! Bonjour la performance et la confiance !

Valérie m’a aussi démontré l’effet pervers du badge, qu’elle a elle-même vécu avant d’être suffisamment gradée pour le laisser au placard. Le salarié ayant un crédit d’heures lui permettant presque d’avoir une journée de récup, aura facilement tendance à faire une ou deux heures sup inutiles pour que la badgeuse lui offre sa journée. Parfait !

Bien loin de l’entreprise libérée

On est bien loin de l’entreprise libérée où le salarié s’autogère, et régule sa journée en fonction de sa charge de travail et de celle de sa boite. Jean-François Zobrist et Izaac Getz doivent avoir les oreilles qui bourdonnent !!

La mise en place de ces badgeuse et autres pointeuses n’a, selon moi, d’autres effets que d’infantiliser et déresponsabiliser les salariés. Manque de confiance, d’ouverture d’esprit, absence totale de prise en compte des changements majeurs de comportements dans notre société, creusement des écarts entre salariés et managers, et j’en passe !

D’un autre temps, l’utilisation des badgeuses est même régie par la loi du travail pour éviter les abus. Mais rien que le fait de penser à son installation est déjà un abus, non ?!

Pour le bonheur au travail on repassera ! Alors effectivement je comprends Valérie et ses difficultés à prôner la confiance et la bienveillance auprès de ses collaborateurs dans un tel carcan !

Elle a commencer à parler de télétravail à son supérieur hiérarchique direct lors de son entretien annuel… il paraît qu’il est encore scotché sur son siège face à une telle demande !

 

Write A Comment