Je partage avec vous l’entrevue que j’ai eue avec Valérie Garrel, coach d’affaires, installée à Montréal depuis 10 ans et spécialisée dans le coaching des HPI (haut potentiel intellectuel) adultes. Je suis entrée en contact avec elle pour avoir son retour d’expérience sur toutes ses années d’accompagnement et de pratique avec ces fameux « zèbres » (dénomination vulgarisée par Jeanne Siaud Fachin pour désigner les HPI).

Après sa certification, la première cliente que Valérie a accompagnée était HPI. Surprise par la quantité d’intérêts divers de sa cliente et sa rapidité intellectuelle, Valérie s’est intéressée au sujet de la douance adulte. Elle s’est beaucoup documentée et a lu le plus de littérature possible disponible à l’époque.

Aujourd’hui, sur son site https://hautpotentielcoaching.com Valérie se déclare être la seule coach d’affaires spécialisée en douance sur Montréal et sa région, et accompagne des HP francophones qui vivent partout dans le monde par Skype interposé.

Son expérience a, depuis bien longtemps, dépassé la théorie et nous éclaire sur la réalité de l’accompagnement de la douance adulte par le coaching.

Happy Job & Life : Quelles sont les problématiques pour lesquels des HP adultes viennent vous voir ? Y a t-il des demandes récurrentes ?

Valérie Garrel : Ils me consultent en général pour des thématiques de carrière ou pour les plus jeunes, des questions liées aux études.

Comment choisir quand tout nous intéresse, comment déterminer si un poste, un métier, une thèse va encore nous intéresser dans 6 mois ou 1 an ?

Ou encore, comment, dans le cadre d’un changement de poste, ne pas reproduire les mêmes erreurs dans mon nouvel environnement ; donc comment apprendre à mieux communiquer avec le reste du monde qui, statistiquement, a des chances d’être neuro-typique…

Les thèmes les plus fréquents sont donc la carrière et les relations aux autres.

HJ&L : Les HP adultes qui viennent vous voir ont-ils déjà été ou sont-ils suivis par un psychologue ? (Sans parler des RDV nécessaires qui permettent de faire le diagnostic.) 

VG : Pas de règle sur ce point. Certains l’ont été ou le sont encore en parallèle. Certains ne l’ont jamais été car ils n’en ressentent pas le besoin.

La douance n’est pas une pathologie, c’est une différence.

Ce qu’il peut y avoir à gérer en psychothérapie c’est l’incompréhension de l’écart entre moi et les autres (et les souffrances qui en découlent), la quête identitaire (être extraterrestre, être différent mais vouloir être comme les autres. Et des problématiques psy de tout un chacun (dépression, personnalités limites, estime de soi, croissance personnelle…).

Je pense que le suivi par les psy ou neuropsy peut en revanche être salutaire dans le cas des enfants ou ados en souffrance psychologique, idéalement assez tôt dans leur parcours pour dédramatiser leur différence et faire qu’ils y voient du beau plutôt qu’un fardeau.

Toutefois, il ne faut jamais oublier dans notre intervention la grande différence entre psychothérapie et coaching et je réfère systématiquement à un professionnel de la thérapie quand je sens que les souffrances sont trop importantes ou les blessures trop ancrées. Chacun son métier !

HJ&L :J’imagine que vous avez déjà coaché des individus qui ne sont pas surdoués. Si on se place uniquement dans la sphère de la pratique du coaching, quelles sont, selon vous, les spécificités d’un coaching de HP ?

VG : Les spécificités sont le contenu (très profond, très précis) et la vitesse d’intervention. Ils vont plus vite à cheminer et à tirer leurs propres conclusions ; on ne tourne pas autour du pot, les sous-entendus sont entendus, tout simplement. Et personnellement j’ai pris la posture de tout leur expliquer : ma démarche, leur fonctionnement, le fonctionnement des autres. C’est passionnant pour eux, ils avancent plus vite et cela m’oblige à me documenter un peu plus.

J’ai aussi fait le constat que les deux questions principales qui reviennent souvent chez les HP adultes sont :

1 – de décider ou non de faire le diagnostic pour ceux qui ne l’ont pas encore fait. Ce diagnostic n’est pas une exigence en coaching.

2 – de faire leur coming-out quand ils découvrent qu’ils sont HPI : le dire ou pas avec la crainte de changer le regard des autres.

HJ&L : Utilisez-vous des outils particuliers pour eux ? Avez-vous constaté que certains outils ne fonctionnent pas ou pas bien ? En avez-vous créé ou adapté certains ?

VG : Les quelques outils que j’utilise fonctionnent aussi bien avec les atypiques qu’avec les neuro-typiques et je n’ai pas eu pour l’instant à en développer d’autres mais on sait peu de choses encore du spectre de la douance. Il n’est pas impossible que je découvre par ma pratique empirique, sur le nombre, des tendances m’amenant à reconsidérer mes méthodes d’intervention à l’avenir.

HJ&L : La durée et le rythme des séances sont ils différents avec les HP ?

VG : Je pars sur des forfaits de 6 à 10 séances. Il n’est pas rare que le processus de coaching se termine en 6 séances car les surdoués cheminent vite et peuvent atteindre rapidement leur objectif. En revanche les séances ne sont pas plus courtes : au contraire. Ils ont souvent beaucoup de choses à raconter et je prends le temps qu’il faut pour les écouter.

HJ&L : On peut lire que les surdoués seraient mieux accompagnés par un coach HP. Qu’en pensez-vous ?

VG : Je sais que c’est une idée répandue en effet. Je n’avais pas vraiment d’avis arrêté sur ce point jusqu’à ce que mes clients eux-mêmes me disent qu’ils avaient eu pour certains de la difficulté avec des psychologues ou coaches pour qui la douance n’était que théorique. Je pense que le coach HP est essentiellement bien plus à même de s’adapter à des discussions décousues et partant dans tous les sens et au rythme de la discussion et de la progression (bien plus rapide dans le cas des atypiques). Ma réponse serait donc plutôt oui à ce jour.

Elle-même HPI, c’est avec clairvoyance que Valérie accompagne ses clients. Elle prend du temps pour leur expliquer le fonctionnement de leur cerveau et leurs relations aux autres. Ils se sentent enfin compris.

Crédit photo : Janko Ferlik sur Unsplash

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